Un souffle de poésie

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 Alexandre Blok (1880-1921)

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Veritseger
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Alexandre Blok (1880-1921) Empty
MessageSujet: Alexandre Blok (1880-1921)   Alexandre Blok (1880-1921) Icon_minitimeSam 22 Juin - 16:43

Les Douze

1


Soir noir.

Neige blanche.

Il vente, il vente !

On ne tient pas sur ses jambes.

Il vente, il vente !

Sur toute la terre de Dieu !

 

Le vent moire

La neige blanche.

Sous la neige — la glace.

Et l’on glisse. Que c’est pénible !

Tous les piétons

Glissent — Ah ! les pauvrets.

 

D’une maison à l’autre

Une corde tendue ;

        Sur la corde, un placard :

« Tout le pouvoir à l’Assemblée Constituante !... »

Une pauvre vieille se lamente et pleure,

Elle ne comprend pas ce que cela veut dire —

Pourquoi un tel placard,

Un chiffon si grand ?

Combien de portianki

On en pourrait faire aux enfants —

Il en est tant qui vont sans chemise et pieds nus...

 

La vieille, telle une poule,

Sauta par-dessus un tas de neige,

— Oh, Mère de Dieu — Protectrice !

— Les bolcheviks me pousseront au tombeau !

 

Le vent cingle,

Le gel ne cesse

Et le bourgeois, au carrefour,

Cache le nez dans son collet.

 

Et celui-ci ? — Il a des cheveux longs

Et dit à voix basse :

— Traîtres !

— La Russie est perdue !

C’est un écrivain, sans doute,

Un phraseur...

 

En voici un autre, en froc à longs pans,

Qui passe à l’écart, derrière le tas de neige.

— Tu n’es pas gai, à présent,

Camarade pope ?

Te souviens-tu, autrefois

Tu marchais le ventre en avant

Et ton ventre, de par ta croix,

Sur le peuple rayonnait ?

 

Voici une dame en pelisse d’astrakan

Qui se penche vers une autre.

— Que nous avons pleuré, pleuré...

Elle glisse

Et vlan ! s’étale !

 

Aïe ! Aïe !

Tire-la, relève-la !

 

Le vent joyeux,

Malfaisant et content,

Entortille les jupes,

Fauche les passants,

Arrache, froisse, balance

Le grand placard :

« Tout le pouvoir à l’Assemblée Constituante !.. »

Il apporte des cris :

 

... Nous aussi, nous avons eu assemblée...

... Dans cette maison...

... On a délibéré —

... Décidé...

... Pour un moment, dix —

Pour une nuit, vingt-cinq —

Et n’accepter moins de personne...

... Allons nous coucher...

 

Tard dans la soirée,

La rue devient déserte,

Seul, un vagabond

Marche, voûté.

Et le vent siffle...

 

Hé ! le pauvre !

Approche —

Embrassons-nous...

— Du pain !

— Et après ?...

— Passe !

 

Ciel noir, noir.

Une fureur, une triste fureur

Soulève le cœur...

Fureur noire, sainte fureur...

Camarade ! Tiens-toi

Sur tes gardes !


(issu de Bibliothèque russe et slave)

_________________
Là où le silence et la solitude
Croisent la nuit et le froid,
J'attendis comme on attend en vain,
Si net et si précis était le vide.

Sophia de Mello Breyner
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Alexandre Blok (1880-1921)
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